Bernard Buffet : le cauchemar des critiques ?

Bernard Buffet, peintre français reconnu de la seconde moitié du XX° siècle a marqué son époque par son art mais surtout par son succès populaire et son mode de vie qui en a découlé. Pourtant apprécié commercialement, la critique artistique et autres experts en art ont passé la grande majorité de la carrière de Bernard Buffet à décrier ses œuvres et son art. Voyons quels sont les éléments de sa carrière qui se détachent de la vie d’artiste telle qu’on se l’imagine.

Bernard Buffet « mania »

Qu’imagine-t-on dans l’inconscient collectif quand on pense à un artiste peintre ? Une âme solitaire dans son atelier cherchant l’inspiration et une fois trouvée, des heures, voire des jours de travail sur une seule toile. Nous imaginons un être incompris des masses que les critiques encensent dont les rares œuvres illustrent les musées. Nous imaginons également des toiles qui prennent de la valeur après la mort de l’artiste maudit. Mais y a-t-il un rapport entre Bernard Buffet et la description précédente ? Nous parlons quand même d’un peintre qui reçut le prix de la critique à ses 20 ans. Un peintre qui a organisé en 1958 sa première rétrospective alors qu’il n’avait pas encore 30 ans. Une centaine de toiles pour plus de 10 000 visiteurs qui accourent en émeute pour avoir l’occasion de voir l’artiste et peut-être même repartir avec un autographe. On parlait de « Beatlesmania » à la décennie suivante, nous avions bel et bien une « Buffetmania » en France avant. Son exposition à la Galerie Charpentier enregistrait plus de 100 000 entrées payantes.

Penchons-nous à présent sur son rythme de travail. Il était connu pour un rythme de peinture effréné où il finissait un tableau tous les deux jours et ne prenait que très peu de vacances. Il tenait également une exposition annuelle avec un thème différent chaque année. C’est à partir de ce moment que la critique a commencé à regarder son œuvre d’un drôle d’œil. Bernard Buffet commençait plus à ressembler à une chaîne de travail en usine qu’un véritable artiste peintre. Il réutilisait un de ses tableaux pour le reproduire sur des toiles plus petites pour les particuliers. On estime qu’il existe aujourd’hui pas loin de 8 000 œuvres de Bernard Buffet mais sans exclure l’idée qu’il y en aurait peut-être bien plus.

Un succès commercial

Un autre aspect de la vie de Bernard Buffet qui n’a plu aux critiques est son succès commercial. Les critiques cherchent un artiste incompris des masses pour justifier un élitisme artistique. Bernard Buffet, lui, est aimé de la population. Ses œuvres se vendent comme des petits pains et il devient le peintre le plus riche du XX° siècle. À l’occasion d’un article de Paris Match en 1956, Bernard Buffet est décrit comme un jeune homme millionnaire de 28 ans qui vit dans un château avec le train de vie qui va avec. Il fréquente les milieux mondains parisiens et la critique n’apprécient aucunement qu’un peintre se fasse plus connaître grâce aux couvertures de magazines et qu’à son travail.

Bernard Buffet est donc un peintre qui ne correspond aucunement à l’idée qu’on pouvait s’en faire de base. Son travail et son train de vie formèrent des éléments que la critique ont utilisé contre lui pour le décrier aux yeux du public. Et comme pour faire un dernier geste d’audace contre ses détracteurs, Bernard Buffet mit fin à ses jours en s’étouffant dans un sac, estampillé de sa signature.